L'art du potier (poème en prose)
Son amour du travail bien fait
déborde de l’atelier,
rempli de pots séchés ou décorés.
L’odeur de la terre cuite
embaume l’âme de cette caverne d’Ali Baba privée.
L’eau impétueuse tirée du puits
se mélange aux mystères de l’argile
et se métamorphose
en céramiques aux formes idéales.
Ses mains usées, trempées tant et tant,
jour après jour,
ressemblent à la peau de vieilles pommes crevassées
parfois flétries.
Dans le silence de l’atelier,
seul le bruit de la pierre qui tourne sans fin
inonde l’espace où tout se crée.
Pourtant,
rien ne le destinait à torturer son corps toujours baissé
pour élaborer tant de beauté.
À part, sans doute, l’image de son père
occupant le même siège
qu’il émoussait à son tour.
Tant de labeur,
tant de gestes mille fois répétés,
tel un enfant s’inspirant des anciens,
aux confins des sources de la Loire,
à Sainte-Eulalie.