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Mission 256

Je reçus 20 francs pour une petite nouvelle rigolote parue dans L’impossible, une revue éphémère apparue en kiosque en 1971. Elle disparut au bout d’une dizaine de numéros. Ensuite, elle publia chaque année, pendant deux ans, un recueil de tous ses textes. Et ainsi Mission 256 fut imprimé trois fois en tout. Mais le contrat que j’avais signé stipulait que j’abandonnais tous mes droits pour vingt ans… Bilan de l’opération : petite gloire mais faible rendement financier…

Document 3 / Série 18 / (Supplément) / Artuc. 1723195

« Quand j’ai vu Rex pour la première fois, il sortait d’une espèce de boite en fer-blanc.

Je vivais seul depuis longtemps et l’idée d’avoir un clebs me plaisait assez ; aussi comme Rex m’a suivi dès qu’il m’a aperçu, ça a été bien tout de suite entre lui et moi.

On était copains comme deux vieux frères.

Pour moi, un chien est un chien et, comme je suis contre les gens qui tiennent le leur en laisse, je ne l’ai pas attaché.

Il m’a accompagné.

Plutôt content, je suis parti chez moi avec Rex sur mes talons. Le concierge, en me voyant arriver, s’est mis à rigoler. En général, j’aime bien les concierges, surtout celui-là mais, entre nous, je ne supporte pas ceux qui se marrent en désignant Rex du doigt !

De toute façon, j’ai rien eu le temps de dire, il s’était déjà arrêté, immobilisé, puis il a disparu. Il ne restait plus que ses chaussures ! La vue de ces deux godasses m’a plié en deux, Rex aussi d’ailleurs ; Rex, c’est pas un chien ordinaire, il est capable de rire et même en ouvrant la gueule.

Évidemment, Rex ne peut pas être comme les autres.

Il est vert.

Après, on s’est baladés dans la rue et tous les gens couraient en gesticulant et poussant des cris : ils craignaient peut-être la pluie ? Pourtant, il faisait un temps magnifique.

On est passé par un marché, c’était bien la première fois que j’en voyais un désert. J’ai pris un kilo de pommes que j’ai payé (oui, oui, c’est sûr !). J’en ai donné une à Rex, mais il n’en a pas voulu. Je ne sais pas pourquoi.

Ensuite, on a eu droit à l’armée : ils répétaient, je pense ; pourtant le 14 juillet c’est encore loin…

Y’avait des avions, des chars et des soldats partout ; j’avais jamais vu un pareil défilé !

Et puis, tout d’un coup, ils ont eu tellement peur qu’ils sont tous partis. Ils ont fait vachement vite parce que j’y ai vu que du feu !

Alors, on s’est couché, car j’ai pas pu continuer : je me suis assommé contre de l’air et j’ai bien été obligé de m’étendre à coté de Rex. On a passé ainsi tout le reste de la journée. Il y avait de la fumée partout et des bruits sourds.

J’avais faim. Malgré mes pommes…

Finalement, on s’est levé.

Alors là, Rex, il a été bien content parce que plein de Rex se sont amenés.

J’arrivais plus à reconnaître le mien !

De toute façon, moi, cela ne fait rien : j’aime bien les bêtes ! »

(Propos recueillis par le Politarius, Imas Okremor. Dernière mission en zone occupée.)

® D. Sabatier

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